Climat : quelques notions à connaître
Effet Rebond / Low-tech vs Hight-tech / Ecologie de l'offre vs écologie de le demande / Entropie

Il y a aujourd’hui un consensus scientifique sur l’effet des sociétés humaines sur le climat global de notre planète.

Ce lien a conduit à proposer le terme Anthropocène (qui signifie l’Ère de l’humain) pour qualifier l’époque géologique qui commencerait lorsque l’influence de l’être humain sur la géologie et les écosystèmes est devenue significative à l’échelle de l’histoire de la Terre.
Les liens entre l’activité humaine et notre environnement sont aussi nombreux que complexes. Cet article a pour objet de braquer les projecteurs sur certains de ces liens pas toujours intuitifs.

Effet Rebond


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L’effet Rebond est un cas particulier du paradoxe de Jevons.

Origine : en 1865, William Stanley Jevons publie un ouvrage dans lequel il retrace l’évolution de la machine à vapeur. Il constate que la machine créée par James Watt est plus efficace que la machine de Thomas Newcomen puisqu’elle consomme moins de charbon pour le même service rendu. Le bon sens nous conduit à en déduire que la consommation de charbon devrait diminuer avec des machines plus efficaces. En pratique, il n’en est rien. La technologie étant plus efficace, la machine de Watt participe à l’essor de la révolution industrielle. Les machines se multiplient, c’est l’apparition de la mécanisation de l’agriculture et la transformation de l’activité industrielle. La consommation de charbon se met alors à augmenter dans des proportions inédites.

Le paradoxe est donc le suivant : une meilleure efficacité dans l’utilisation d’un produit augmente la demande pour ce produit.

Exemples ayant des effets sur le climat :
L’augmentation de l’efficacité et de la vitesse des transports a conduit à une augmentation de la distance à parcourir pour rejoindre son travail augmentant ainsi la consommation énergétique nécessaire pour se rendre à son travail. C’est l’étalement urbain.
Une meilleure isolation du logement conduit la plupart du temps les propriétaires à augmenter la température de leur logement pour des raisons de confort (rendu économiquement accessible). L’économie d’énergie constatée est alors inférieure à l’économie attendue.

Le numérique illustre également l’effet Rebond. Nous avons connu récemment l’arrivée de la fibre et de la 4G pour accéder plus rapidement à Internet. Nous aurions dû pouvoir passer moins de temps à « attendre » le chargement des pages. Le constat est sans appel, le temps passé sur Internet a explosé avec la généralisation du streaming (lecture de vidéos). Le coût énergétique et économique a significativement augmenté pour chacun.

Avoir conscience de l’existence de l’effet Rebond est primordial pour aborder la transition énergétique. En effet, le discours d’une partie de nos politiques et média fait appel à l’innovation technologique future pour résoudre nos problèmes actuels. Il y a de bonnes raisons de se méfier de ce discours. Certes, c’est un discours rassurant et déculpabilisant, mais il fait deux hypothèses loin de se réaliser :

  • Nous trouverons une solution à nos problèmes,

  • Nous neutraliserons l’effet Rebond pour bénéficier pleinement de l’innovation.

Pour illustrer le caractère incertain d’une future solution technologique, on peut rappeler que la première centrale nucléaire est rentrée en service le 20 décembre 1951, soit il y a plus de 70 ans. Le problème de la gestion des déchets était identifié, les promoteurs de cette technologie étaient persuadés qu’une solution verrait le jour pour traiter les déchets radioactifs. A ce jour, il n’existe toujours pas de solution industrielle et nous envisageons de les enterrer.

Si l’on est optimiste sur la capacité de l’humain à trouver des solutions technologiques à nos problèmes, encore faudra-t-il encadrer son usage et éviter ainsi l’effet Rebond contreproductif.

Notre société libérale devra accepter un interventionnisme de l’État si elle veut sortir de l’ornière et chaque citoyen a son rôle à jouer à travers son vote, un engagement militant ou tout simplement en coopérant. Les Bisontins ont montré leur volontarisme sur la question des déchets, il y a motif à être optimiste.

Low-tech vs High-tech ?

Notre société a sacralisé la technologie, celle-ci est partout ; dans notre main (le smartphone), dans notre maison (la domotique), dans beaucoup de métier (l’ordinateur). A travers les capteurs, elle a également gagné nos loisirs et la gestion de notre santé.

Notre Président, en comparant les français refusant l’arrivée de la 5G à des Amish incarne parfaitement cette technophilie.

Définissons les termes :

  • High-tech : techniques considérées comme les plus avancées à une époque donnée.

  • Low-tech : produits intégrant dans leur conception une exigence de durabilité forte et de résilience collective.

Ces deux termes ne s’opposent pas. Le premier met en avant l’innovation technologique, comme l’écran tactile en son temps. Le second désigne un produit permettant à son propriétaire d’être libre de faire durer un appareil en le réparant, on parle également d’éco-conception.

Le vélo est un bon exemple de low-tech. Chacun est en capacité de l’entretenir ou de se faire aider pour l’entretenir sans devoir en acheter un neuf parce qu’un pneu est percé !
(cf opération un printemps à vélo de GBM)

Lien avec le climat ?

Premier lien évident : sur la même période, un smartphone low-tech peut suffire, en remplaçant sa batterie, quand les smartphones high-tech compacts et fragiles devront être remplacés plusieurs fois car la batterie n’est pas remplaçable ou que la vitre est cassée car il est tombé. Or fabriquer plusieurs téléphones consomme plus d’énergie que de fabriquer un téléphone et plusieurs batteries.

Autre lien moins évident : plus la technologie évolue, plus l’objet est complexe, plus il utilise d’éléments métalliques différents et plus il est difficile à recycler.

Or l’industrie extractive minière est extrêmement énergivore, consommatrice d’eau, polluante et génératrice de conflits sociaux et d’exploitation humaine. Puiser dans le sous-sol la matière première nécessaire a donc de multiples effets négatifs, aussi bien sur le climat que sur les populations et l’accès à l’eau.

Il ne s’agit pas de condamner le high-tech, mais de prendre conscience des impacts de notre consommation et de savoir faire preuve de discernement technologique. Les robots de chirurgie représentent une vrai avancée pour la santé humaine, mais peut-on en dire autant d’un réfrigérateur bardé de capteurs, disposant d’un écran tactile, qui vous envoie la liste des courses sur votre smartphone ? C’est encore vous qui faites à manger et qui ouvrez tous les jours la porte pour vous servir …

Écologie de l’offre vs écologie de la demande

L’écologie de l’offre est une évolution du système consumériste qui intègre des réalités matérielles. La manière dont s’opère le passage du véhicule thermique au véhicule électrique montre que les constructeurs cherchent, non sans difficultés, à proposer un produit équivalent. La posture du consommateur peut être résumée ainsi :

Je veux pouvoir continuer à rouler avec une voiture 4 places, sécurisante, confortable et ayant une grande autonomie.

L’écologie de la demande renverse le système. Elle interroge les besoins et cherche la réponse optimale. La posture du consommateur pourrait être résumée ainsi :

Quels sont mes besoins de transport ?

Il est alors possible d’ouvrir la réponse à d’autres organisations de société en développant un déplacement collectif efficace ou un moyen de locomotion individuel, quand cela est incontournable, plus économe en énergie (quadricycle très léger).

Cette deuxième posture pousse un peu plus loin le concept de consomme-acteur, concept selon lequel l’industrie change sa façon de produire en fonction de la manière dont les consommateurs orientent leurs choix de consommation. On retrouve ici le modèle darwinien : A la fin, seuls restent ceux qui se sont adaptés.

Pourtant Darwin avait accordé autant d’importance à la coopération qu’à la compétition dans son modèle de la sélection naturelle. Or cette deuxième voie suppose justement une coopération entre les acteurs pour apporter la meilleure solution à un besoin identifié.

L’entropie

Il ne faut pas confondre l’entropie, qui est une mesure du désordre, et anthropique, l’adjectif qualifiant un résultat obtenu par la main de l’homme.

Image NASA

L’entropie est un concept permettant de décrire l’évolution d’un système comme la planète Terre.

Pour bien appréhender la loi naturelle sous-jacente, prenons un exemple très concret :

« Il pleut et vos enfants ne peuvent pas aller jouer dehors. Vous avez la chance d’avoir une salle de jeux (votre salon ferait également l’affaire).Vos enfants passent l’après-midi à jouer ; lego, playmobil, jeux de société, kapla… »

Que constate-t-on ? La pièce initialement bien rangée ne l’est plus du tout à la fin de l’après-midi. SPONTANÉMENT,le désordre augmente. C’est une loi de la physique !

« Oui, mais … après je les fais ranger !  »

Certes, en apparence, le désordre aura diminué. Mais à y regarder de plus près, vous aurez dépensé beaucoup d’énergie pour obtenir que tout retrouve sa place. Cela se traduira sans doute par une montée en température de votre corps et de la pièce du fait de l’énergie que vous aurez dû déployer.

Que ce soit pour créer de l’ordre ou du désordre, on constate dans les deux cas qu’il y a eu un dégagement de chaleur, comme en atteste la chevelure de vos bambins qui se sont bien amusés.

L’entropie peut aussi être envisagée sous cet angle : l’énergie est vouée à se dégrader. La chaleur étant sa forme la plus dégradée.

On retiendra deux conséquences de ce principe physique :

  • Spontanément, le désordre augmente (à l’origine du phénomène de diffusion),

  • Toute évolution d’un système s’accompagne d’une dégradation de l’énergie sous forme de chaleur.

Quelles sont les conséquences concrètes ?

L’augmentation du désordre est à l’origine de la pollution. On le constate avec le trafic routier, les gaz libérés par la combustion du carburant gagne toute l’atmosphère. De la même façon, l’accident de Tchernobyl ou de Fukushima a conduit à des retombées radioactives en tout point du globe. Dans un autre registre, le 11 août 1901, la distillerie Pernod est gagnée par un incendie. Les cuves d’absinthe sont alors vidangées dans le Doubs. A l’œuvre, l’entropie a conduit le composé aromatique de l’absinthe à se diffuser jusqu’aux narines des habitants en aval de la source de la Loue établissant du même coup l’origine de l’eau alimentant la source de la Loue.

La société moderne valorise l’hyperactivité. Les activités sportives et culturelles ou les voyages sont autant de marqueurs d’une vie bien remplie. L’entropie est implacable, s’agiter conduit à une augmentation de la chaleur. Or si la chaleur ne peut s’évacuer (vers l’espace dans le cas de la Terre), la température augmente.

Source - © 2016 Climatic Research Unit, University of East Anglia

L’augmentation de la température moyenne observée à la surface de la Terre depuis 1977 montre que l’activité humaine produit un surplus de chaleur que la Terre ne peut totalement libérer dans l’espace.

Les causes de ce déséquilibre sont relativement bien identifiées : le pétrole, qui est un réservoir d’énergie chimique, en brûlant (dans les moteurs et les chaudières) conduit à une production excessive de chaleur qui perturbe l’équilibre thermique qui semblait exister jusque là.

En conclusion

Si l’on passe au crible des lois de la nature notre façon de mener nos existences, il est urgent de réhabiliter la sieste et la rêverie. C’est bon pour nous et c’est bon pour la planète !

Au-delà de la plaisanterie, il y a matière à méditer. Notre hyperactivité moderne nous conduit peut-être au confort, mais au regard de la consommation d’antidépresseurs en France, on peut légitimement se poser la question du bonheur qu’elle nous apporte. Pour quelques centaines d’euros, vous pouvez passer un week-end à Porto ou Marrakech. Certes, vous en reviendrez dépaysés, mais à quel prix pour le climat ! A contrario, une partie de cartes ou un jeux de société entre amis apporte beaucoup humainement sans effet sur le climat. Ce sont les petits bonheurs simples du quotidien.

Marius, La partie de cartes, Marcel PAGNOL (1931)


Article publié sous Licence Creative Common

CC-BY-NC-SA - RAVEL Christophe - août 2022


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